Le Fin Mémo : Revue de presse – « Opération Absolute Resolve »

Dernière mise à jour : 16/01/2026 (14h00 UTC+1)

Pôle thématique : RIDS – Relations internationales, Défense et Sécurité

Auteurs : Yaël LOPEZ-TORRES, Ismail BOUHIOUL, Farida SETITI

Date de publication : 17 décembre 2025

  1. Rappel des faits

Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, entre 2h00 et 3h00 du matin (heure de Caracas), le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores ont été arrêtés dans leur résidence, alors qu’ils dormaient, par des forces spéciales américaines.

Quelques instants auparavant, de puissantes explosions ont secoué Caracas et sa périphérie, marquant le lancement d’une opération militaire américaine d’envergure, baptisée « Operation Absolute Resolve ».

Selon des sources militaires relayées par France Info, environ 150 avions et hélicoptères, accompagnés de drones et d’avions de chasse, ont pénétré l’espace aérien vénézuélien au moment où la nuit était la plus noire.

Les frappes ont visé plusieurs installations militaires, notamment le complexe de Fuerte Tiuna, où résidait Nicolás Maduro.

Le couple présidentiel a été capturé, exfiltré par hélicoptère, puis transféré sur un navire de guerre américain avant d’être acheminé vers les États-Unis.

Des images diffusées par les autorités américaines montrent Nicolás Maduro menotté, escorté par des agents de la DEA, à son arrivée à New York, où il a été incarcéré au Metropolitan Detention Center de Brooklyn.

À 5h21 (heure de la côte Est), le président américain Donald Trump a annoncé la capture sur son réseau Truth Social, se félicitant du succès de l’opération et affirmant qu’aucun soldat américain n’avait été tué.

Contrairement aux usages institutionnels, le Congrès américain n’a pas été informé en amont, suscitant des interrogations juridiques aux États-Unis.

  • Accusations et procédure judiciaire

Présenté samedi soir devant un tribunal fédéral de New York, Nicolás Maduro a plaidé non coupable des chefs d’accusation retenus contre lui, principalement liés au trafic de drogue.

Les charges incluent :

  • Narco-terrorisme
  • Importation de cocaïne
  • Infractions liées aux armes

L’administration Trump accuse également Nicolás Maduro de diriger le « Cartel de los Soles », désigné comme organisation terroriste, bien que l’existence de cette structure soit contestée par certains experts. Le ministère américain de la Justice a ensuite reformulé l’accusation comme un « système clientéliste » et une « culture de corruption » alimentés par l’argent du trafic de la drogue.

Lors de sa première comparution, le lundi 5 janvier devant un tribunal de Manhattan, Maduro a déclaré : « Je suis le président de la République du Venezuela et je suis ici kidnappé depuis samedi 3 janvier », avant d’être interrompu par le juge, qui lui a demandé de se limiter à confirmer son identité.

Le juge Alvin Hellerstein a ordonné le maintien en détention de Nicolás Maduro à New York. Une nouvelle audience est prévue le 17 mars.

  • Bilan humain de l’opération
  • Au moins 80 morts vénézuéliens recensés, et plusieurs dizaines de blessés.
  • 32 militaires et agents de renseignement cubains tués, selon La Havane

Les autorités cubaines indiquent que ces agents participaient à la sécurité du président vénézuélien.

  • Situation politique au Venezuela

La vice-présidente Delcy Rodríguez a prêté serment en tant que présidente par intérim pour une durée de 90 jours,avec la possibilité pour l’Assemblée nationale de prolonger son mandat de six moins supplémentaires.

Delcy Rodríguez a qualifié l’opération militaire américaine d’« enlèvement illégal et illégitime » et d’« agression étrangère ».

Toutefois, Donald Trump a déclaré que les États-Unis « dirigeront le pays » jusqu’à l’instauration d’une transition jugée acceptable, menaçant Delcy Rodríguez du même sort que Nicolás Maduro en cas de refus de coopération.

L’armée vénézuélienne a reconnu Delcy Rodríguez comme présidente par intérim.

La Cour suprême vénézuélienne a dénoncé une « piraterie américaine » et exigé la libération immédiate de Nicolás Maduro.

Le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodríguez -frère de Delcy Rodríguez-, a annoncé qu’il utiliserait « toutes les procédures possibles » pour obtenir le retour de Nicolás Maduro au Venezuela.

Du côté de l’opposition, María Corina Machado appelle les forces armées à reconnaître Edmundo González Urrutiacomme président légitime, estimant qu’il a remporté l’élection présidentielle de juillet 2024 selon des sondages indépendants.

  • Climat social

À Caracas, le climat est marqué par une forte incertitude et tension sociale:

  • Environ 2 000 partisans de Maduro ont manifesté pour exiger sa libération
  • Plusieurs milliers d’opposants ont célébré sa chute

La population oscille entre confusion, peur et soulagement.

  • Libération de prisonniers politiques 

Le 8 janvier, Jorge Rodríguez a annoncé la libération immédiate d’un « nombre important » de prisonniers politiques vénézuéliens et étrangers. Le groupe vénézuélien de défense des droits humains Foro Penal a indiqué qu’au 14 janvier, il avait vérifié 76 libérations. Cependant, ce groupe estime qu’il reste encore plus de 800 prisonniers politiques.

Donald Trump a annoncé l’annulation d’une deuxième vague d’attaques contre le Venezuela, en raison de la libération de prisonniers politiques.

  • Une opération planifiée de longue date

L’intervention américaine s’inscrit dans une escalade progressive depuis décembre :

  • Annonce d’un blocus total des pétroliers transportant du pétrole vénézuélien
  • Déploiement d’environ 15 000 soldats américains et de plusieurs navires de guerre dans la mer des Caraïbes
  • Frappes répétées contre des navires liés au narcotrafic (plus de 100 morts depuis septembre)
  • Infiltration de l’entourage de Maduro par la CIA mi-décembre

L’opération d’exfiltration a duré 2h29.

  • Doctrine Monroe remise au centre du discours américain

Donald Trump a justifié l’intervention en réactivant la doctrine Monroe, qu’il a rebaptisée « Donroe ».

Instaurée en 1823 par le président James Monroe, cette doctrine visait initialement à empêcher toute ingérence européenne sur le continent américain.

Sous président Theodore Roosevelt –avec le corollaire Roosevelt-, elle est devenue un fondement de l’ingérence américaine en Amérique latine.

La relance de cette doctrine fait partie de la stratégie de sécurité nationale des États-Unis, datée de novembre 2025.

Donald Trump affirme vouloir garantir une domination américaine totale de l’hémisphère occidental.

Cette doctrine et la intervention militaire à Caracas envoie un signal clair à la Russie, à la Chine et à l’Iran:

Russie: perturbation de l’arsenal militaire et de la coopération avec le Venezuela, notamment la fourniture de systèmes de défense et d’armes (S-300, avions, missiles anti-aériens, formation militaire).

Chine: impact sur les investissements miniers et stratégiques dans l’Arc de l’Orénoque, région riche en lithium, cobalt et autres minéraux nécessaires à la technologie et aux énergies propres.

Iran: remise en cause de la coopération militaire et énergétique avec le Venezuela, notamment en matière de technologie pétrolière et de soutien logistique aux opérations aériennes.

  • Extension des menaces américaines

Dans les heures ayant suivi l’opération:

  • Colombie: menaces explicites à l’encontre du président Gustavo Petro.
  • Cuba : appels à un changement de régime.
  • Mexique : mises en garde sécuritaires. 

Le 9 janvier, lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision Fox News, Donald Trump a annoncé des attaques terrestres contre les cartels de la drogue.

Une photo diffusée par la Maison-Blanche montre Donald Trump accompagné de la mention « FAFO » (Fuck Around And Find Out).

  1. Le Groenland dans le viseur de Washington

Donald Trump a réaffirmé sa volonté de contrôler le Groenland, invoquant la sécurité nationale face à la Russie et à la Chine.

Il a menacé le Danemark de droits de douane élevés en cas de refus.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a rappelé que « le Groenland appartient aux Groenlandais ».

La France a exprimé sa solidarité avec le Danemark, rappelant que les frontières ne peuvent être modifiées par la force ou la menace

Le 14 janvier, les autorités américaines, danoises et groenlandaises ont tenu une réunion qui a abouti à une déclaration officielle de « désaccord fondamental ». Le lendemain, une mission militaire européenne est arrivée sur l’île du Groenland.   

  1. Réactions internationales et droit international

Le 5 janvier, le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une réunion d’urgence pour discuter de l’action militaire des États-Unis contre le Venezuela et de la capture de son président, Nicolás Maduro. 

Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a dénoncé un « dangereux précédent » et une violation du droit international.

Lors de la réunion du Conseil, la plupart des pays d’Amérique latine, ainsi que l’Espagne, se sont mis d’accord sur une position en faveur de la paix et du respect du droit international, de la souveraineté nationale et de la Charte des Nations unies.

Pour leur part, l’Argentine et le Paraguay ont soutenu l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela.

Des experts juridiques américains qualifient l’opération d’usage illégal de la force.

Le maire de Miami Eileen Higgins a demandé le rétablissement du statut de protection temporaire pour les Vénézuéliens.

Le 14 janvier, le président du Brésil Luiz Inacio Lula Da Silva et le président de la Russie Vladimir Poutine ont eu une conversation téléphonique au cours de laquelle ils ont convenu de mobiliser leurs efforts pour apaiser les tensions en Amérique latine et de coordonner leurs actions au sein d’instances internationales telles que l’ONU et le bloc des BRICS.

  1. Réactions européennes
  2. France: Au départ, le président Emmanuel Macron a exprimé, sur la plateforme X, son soutien à une transition politique au Venezuela. Aprés, le président Macron a clarifié que la méthode utilisée par les États-Unis n’était ni soutenue ni approuvée par la France.
  3. Royaume-Uni et Allemagne : rappel du respect du droit international. 
  1. Conséquences économiques et géopolitiques

Marchés pétroliers

  • Baisse des cours du pétrole (Brent < 60 dollars)
  • Anticipation d’un retour futur du pétrole vénézuélien sur les marchés

Le Venezuela détient environ 17 % des réserves mondiales prouvées, mais sa production reste très limitée.

Marchés financiers

  • Hausse des marchés actions
  • Bitcoin à 93 000 dollars
  • Or au-dessus de 4 400 dollars l’once
  • Hausse marquée des valeurs de défense européennes (Rheinmetall, Saab)

Implications géopolitiques

  • Colombie et Mexique: pression économique et politique accrue en matière de sécurité et de migration.
  • Cuba: Précarisation de la vie politique et économique dans un état d’urgence.
  • Chine: perte temporaire de contrôle sur l’acheminement des minéraux stratégiques et influence sur les infrastructures vénézuéliennes.
  • Russie: démonstration de la supériorité militaire américaine et perturbation de l’arsenal local et des coopérations stratégiques.
  • Iran: impact sur la coopération énergétique et militaire avec le Venezuela.
  1. Scénarios prospectifs

Scénario 1 : Coopération et transition encadrée par les États-Unis

Après la capture de Nicolás Maduro, un gouvernement de transition est installé, dirigé par Delcy Rodríguez ou un représentant choisi sous supervision américaine.

Les États-Unis assurent un rôle actif dans la sécurité, la réorganisation de l’armée et la gestion des ressources stratégiques, notamment pétrole, minéraux et infrastructures critiques.

  • Implications politiques :

La légitimité du nouveau gouvernement dépend fortement de la reconnaissance internationale et de la stabilité économique pour le retour de millions de Vénézuéliens qui ont quitté le pays.

Le Venezuela pourrait se rapprocher des États-Unis, réduisant temporairement l’influence de la Russie, de la Chine et de l’Iran dans la région.

L’opposition pourrait être intégrée dans le processus pour donner une apparence de transition électorale démocratique, mais avec un contrôle américain effectif. 

  • Implications économiques :

Le pétrole vénézuélien pourrait progressivement revenir sur le marché mondial, ce qui pourrait stabiliser ou faire baisser les prix du Brent.

Les entreprises américaines et européennes pourraient obtenir des contrats dans le secteur énergétique et minier, notamment pour le lithium, le cobalt et le nickel, nécessaires à la technologie de pointe.

  • Implications géopolitiques :

Russie : perte d’accès à ses systèmes d’armes et à l’influence militaire au Venezuela.

Chine : limitation de sa présence sur les projets miniers et infrastructures stratégiques (ports, pipelines).

Iran : perturbation de la coopération énergétique et militaire, et réduction de ses relais en Amérique latine.

Ce scénario renforce l’image des États-Unis comme gendarme de l’hémisphère occidental.

Scénario 2 : Impasse et instabilité prolongée

Bien que l’opération militaire américaine soit un succès tactique, le contrôle politique reste fragile.

Le pays pourrait être plongé dans une instabilité sociale latente, avec des groupes pro-Maduro et des militaires résistant à la transition. La tension pourrait s’étendre à toute la région, impliquant des groupes armés situés à la frontière entre le Venezuela et la Colombie.

  • Implications politiques :

L’absence d’un gouvernement stable pourrait conduire à plusieurs administrations parallèles, certaines reconnues par certains pays et d’autres non.

Le Venezuela deviendrait un terrain d’affrontement indirect pour les puissances étrangères, notamment la Russie et la Chine, qui chercheraient à soutenir des factions locales pour protéger leurs intérêts.

  • Implications économiques :

Production pétrolière toujours limitée malgré la présence américaine.

Les marchés financiers restent volatiles, avec risque de hausse des prix du pétrole en cas de sabotages ou de frappes contre les infrastructures.

Les investisseurs étrangers restent réticents, ralentissant la reconstruction économique.

  • Implications géopolitiques :

Russie : pourrait renforcer son soutien à des factions pro-Maduro via du matériel militaire ou des conseillers.

Chine : pourrait utiliser ses investissements miniers et industriels pour créer une zone d’influence parallèle malgré la présence américaine.

Iran : pourrait maintenir un rôle discret via des consultants techniques ou des coopérations énergétiques clandestines.

La région pourrait devenir un foyer d’instabilité prolongée, impactant la frontière entre le Venezuela et la Colombie, ainsi que le Brésil et les Caraïbes, avec risque d’augmentation de la migration et du narcotrafic. 

Scénario 3 : Résistance internationale et confrontation élargie

Les puissances étrangères (Russie, Chine, Iran) refusent de reconnaître la transition, accusant les États-Unis de violation du droit international.

-Possibilité d’une sanction parallèle contre le Venezuela et d’un soutien direct à des opérations anti-américaines dans la région.

  • Implications politiques :

Le Venezuela pourrait devenir un symbole de résistance anti-américaine, renforçant le soft power de la Russie et de la Chine dans d’autres pays d’Amérique latine.

Les relations diplomatiques des États-Unis avec plusieurs pays de la région pourraient être détériorées, limitant leur marge de manœuvre future.

  • Implications économiques :

Blocage ou sabotage des exportations de pétrole et de minéraux stratégiques.

Volatilité extrême sur les marchés mondiaux de l’énergie et des métaux rares.

La reconstruction économique vénézuélienne pourrait être quasi impossible sans négociations internationales.

  • Implications géopolitiques :

La Russie pourrait utiliser des systèmes de défense ou des mercenaires pour menacer la présence américaine.

La Chine pourrait sécuriser ses investissements miniers et infrastructures portuaires, utilisant la crise pour démontrer sa capacité à contrer les États-Unis.

L’Iran pourrait accroître ses relations stratégiques avec les factions anti-américaines, notamment via des échanges technologiques ou énergétiques.

Risque de confrontation indirecte États-Unis / Russie / Chine / Iran sur le territoire vénézuélien, qui pourrait devenir un point chaud international.

Conclusion

La capture de Nicolás Maduro constitue un tournant majeur dans les relations internationales contemporaines.

Si les marchés anticipent des bénéfices économiques, les incertitudes politiques, juridiques et humanitaires demeurent extrêmement élevées, tant pour le Venezuela que pour l’équilibre régional et mondial.