FICHE PAYS N°13 – La Ligne Fine : République d’Argentine

République d’Argentine

Auteure : Camille BLANCHARD

Date de publication : 29/09/2026

Nom officiel: République argentine

Capitale: Buenos Aires

Population: 46 234 830 habitants (recensement national de 2022)

Superficie: 3 761 274 km²

Langue officielle: Espagnol

Monnaie: Peso argentin

Régime politique: République fédérale, représentative, républicaine et fédérale

Chef de l’État: Javier Gerardo Milei, président de la Nation depuis le 10 décembre 2023

Chef du gouvernement: Le président de la Nation exerce également la direction de l’exécutif national, dans le cadre d’un régime présidentiel.

Secrétaire générale de la Présidence de la Nation: Karina Milei.

Vice-présidente: Victoria Eugenia Villarruel.

Parti au pouvoir: La Libertad Avanza (libertarianisme conservateur, ultralibéralisme et droite radicale).

Principale opposition: La coalition péroniste de centre-gauche Fuerza Patria(anciennement Unión por la Patria).

Résultats électoraux structurants: Javier Milei a remporté l’élection présidentielle de 2023 avec 55,65 % des voix. Les élections législatives d’octobre 2025 ont ensuite renforcé la représentation parlementaire de son camp[1].

PIB courant: 683,1 milliards de dollars US en 2025[2].

Croissance projetée: La croissance projetée est autour de 4%.

Inflation projetée: L’inflation est actuellement présentée autour de 30%.

Ressources stratégiques: L’Argentine dispose d’importantes ressources énergétiques, minières et agricoles. Le gisement de Vaca Muerta constitue une ressource majeure en pétrole et en gaz. Le pays dispose également de ressources en lithium et en cuivre, ainsi que d’un secteur agricole et agroalimentaire particulièrement compétitif. L’élevage bovin, la pêche et le potentiel aquacole complètent cette base de ressources naturelles. Les hydrocarbures offshore autour des Malouines constituent également un enjeu stratégique.

Acteur énergétique central: Le secteur des hydrocarbures constitue l’un des principaux leviers de la future puissance énergétique et exportatrice argentine. Vaca Muerta occupe une place centrale, tandis que les projets pétroliers offshore autour des Malouines représentent un enjeu énergétique et géopolitique majeur .

Dépenses militaires: 0.6% du PIB en 2024[3]

Statut géopolitique: L’Argentine est engagée dans une dispute de souveraineté avec le Royaume-Uni concernant les îles Malouines, les Géorgies du Sud et les Sandwich du Sud. Buenos Aires considère ces territoires comme faisant partie intégrante du territoire national et affirme que leur souveraineté constitue un objectif permanent et irrévocable. L’ONU reconnaît l’existence de cette dispute et appelle à son règlement par des négociations bilatérales et pacifiques.

Organisations et cadres internationaux: L’ONU constitue le principal cadre international du différend sur les Malouines. Le gouvernement argentin affirme avoir obtenu 18 résolutions et déclarations d’organisations et de forums internationaux favorables à sa position, ainsi que présenté plus de 60 propositions formelles contestant les actions unilatérales britanniques.

Synthèse exécutive

L’Argentine est une puissance de taille continentale disposant d’un potentiel économique, énergétique, agricole et minier considérable, mais dont la trajectoire récente reste marquée par une forte instabilité macroéconomique, sociale et institutionnelle. L’arrivée de Javier Milei à la présidence en décembre 2023 a ouvert une phase de rupture avec une partie des politiques économiques précédentes, fondée sur la réduction des dépenses publiques, la recherche de l’équilibre budgétaire, la désinflation, la dérégulation et l’attraction des investissements étrangers[4].

Le pays dispose de plusieurs leviers structurels susceptibles de renforcer sa puissance: Vaca Muerta (située dans les régions de Neuquén, Mendoza et Rio Negro) et ses ressources en pétrole et en gaz de schistes, le lithium et le cuivre, une agriculture extrêmement compétitive, un secteur agroalimentaire développé, des services fondés sur la connaissance et un potentiel important dans les domaines technologiques[5]. Le développement de ces ressources peut permettre à l’Argentine d’augmenter ses exportations, de générer davantage de devises et de réduire certaines de ses vulnérabilités financières. La répartition territoriale de ces ressources donne également aux provinces un rôle majeur dans la politique économique et la transformation productive du pays.

La stabilisation macroéconomique constitue toutefois un processus incomplet. L’inflation a fortement diminué par rapport aux niveaux observés au début de la présidence de Javier Milei[6] et le pays a retrouvé des excédents budgétaires[7]. La pauvreté a également reculé entre 2024 et 2025. Mais la reprise reste socialement inégale, tandis que l’industrie, les PME et une partie de la consommation intérieure demeurent sous pression. L’enjeu central est donc de transformer la stabilisation financière en croissance durable, productive et suffisamment inclusive.

L’Argentine demeure également caractérisée par un fédéralisme important[8]. Les provinces disposent d’une autonomie politique et économique significative et jouent un rôle direct dans la gestion de nombreuses ressources naturelles. Neuquén pour Vaca Muerta, Salta, Jujuy et Catamarca pour le lithium, ou San Juan pour le cuivre illustrent la dimension territoriale de la stratégie économique. La relation entre l’État fédéral et les provinces constitue ainsi un élément déterminant de la mise en œuvre des politiques d’investissement, d’infrastructures, d’exploitation des ressources et de développement productif.

Sur le plan stratégique, les Malouines constituent toujours un élément central de la politique extérieure argentine. Le différend avec le Royaume-Uni prend une dimension supplémentaire avec le développement de projets d’hydrocarbures offshore autour de l’archipel. Le projet Sea Lion[9], notamment, associe directement la question de la souveraineté territoriale à celle de l’exploitation des ressources énergétiques. Buenos Aires utilise désormais simultanément les instruments diplomatiques, judiciaires, économiques et réglementaires pour contester les activités qu’elle considère comme réalisées sans son autorisation.

Cette évolution s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer la présence argentine dans l’Atlantique Sud et de reconstituer des capacités de défense et de sécurité nationale. Le gouvernement envisage notamment un renforcement des infrastructures militaires et logistiques en Terre de Feu, ainsi qu’une approche plus intégrée associant défense, renseignement, diplomatie, économie et protection des infrastructures critiques[10].

La politique étrangère de Javier Milei se caractérise parallèlement par un rapprochement marqué avec les États-Unis et Israël, une volonté d’approfondir les relations économiques avec les investisseurs occidentaux et une orientation favorable aux accords de libre-échange. L’Argentine cherche ainsi à se repositionner comme un fournisseur stratégique de ressources naturelles et comme un partenaire économique et politique privilégié des puissances occidentales. Cette orientation ne fait cependant pas disparaître les interdépendances économiques avec la Chine, qui demeure un partenaire commercial et un investisseur important dans plusieurs secteurs stratégiques.

L’intégration régionale reste également une composante structurelle de l’économie argentine. Le Mercosur, et en particulier la relation avec le Brésil, joue un rôle central dans les échanges commerciaux et dans certaines chaînes industrielles, notamment automobiles. L’Argentine doit donc articuler plusieurs espaces économiques: le marché régional sud-américain, les marchés américain et européen, les débouchés chinois et asiatiques ainsi que les institutions financières internationales.

La principale question stratégique pour les prochaines années sera donc la capacité de l’Argentine à convertir ses avantages géographiques et ses ressources naturelles en puissance économique durable, tout en évitant une nouvelle dépendance excessive à l’endettement, aux capitaux étrangers ou aux cycles des matières premières. La question sociale, la stabilité institutionnelle, les réserves en devises, l’avenir de l’industrie, les relations entre l’État fédéral et les provinces et la gestion du différend des Malouines constitueront les principaux tests de cette transformation.

Repères historiques stratégiques

L’Argentine est un État fédéral[11] de dimension continentale dont la trajectoire contemporaine est profondément marquée par la construction de la souveraineté nationale, les cycles de crise économique, les périodes d’instabilité politique et la relation avec les grandes puissances.

Le territoire argentin était auparavant occupé par de nombreux peuples originaires disposant de formes d’organisation politique et de modes de subsistance différents. La période coloniale a ensuite intégré le territoire à l’espace impérial espagnol. L’indépendance ouvre au XIXᵉ siècle une longue phase de construction de l’État et d’organisation territoriale[12].

L’Argentine développe progressivement une économie fortement tournée vers l’agriculture et l’élevage, notamment grâce à l’immensité de ses terres productives. L’agriculture, l’élevage bovin et les exportations agroalimentaires deviennent ainsi des éléments structurants de la puissance économique nationale.

L’histoire contemporaine est ensuite marquée par une succession de cycles politiques et économiques. Les décennies du XXᵉ siècle sont caractérisées par l’alternance entre gouvernements civils et militaires, l’influence du péronisme, des périodes d’intervention étatique importante, des crises inflationnistes et des difficultés récurrentes liées à la dette et aux réserves en devises.

La dictature militaire de 1976-1983 constitue un tournant majeur[13]. Elle est associée à une période de répression politique et de violations massives des droits humains. Depuis le retour à la démocratie en 1983, la justice transitionnelle et la mémoire de cette période constituent des éléments importants de la vie politique argentine. Depuis 2006, 1 202 personnes ont été condamnées et 213 acquittées pour des crimes contre l’humanité commis pendant la dictature, selon les données fournies dans les sources.

La guerre des Malouines de 1982 constitue un autre événement structurant. Le conflit avec le Royaume-Uni dure 74 jours et entraîne la mort de 649 Argentins et de 255 Britanniques. La défaite argentine contribue à la chute de la dictature militaire et demeure aujourd’hui un élément central de la politique de souveraineté de Buenos Aires.

La revendication argentine trouve également son origine dans l’occupation britannique de 1833, qui constitue pour Buenos Aires le fondement historique de sa revendication de souveraineté. La Constitution argentine inscrit cette revendication comme un objectif permanent et irrévocable concernant les Malouines, les Georgias del Sur, les Sandwich del Sur ainsi que les espaces maritimes associés.

L’histoire récente est dominée par une succession de crises économiques. Avant l’arrivée de Javier Milei au pouvoir en décembre 2023, l’Argentine connaît une situation caractérisée par une inflation extrêmement élevée, un déficit budgétaire important, une pénurie de devises et une forte fragilité financière.

L’élection de Milei en novembre 2023, avec 55,65 %[14] des suffrages, marque une rupture politique importante. Son gouvernement entreprend une transformation rapide de la politique économique: réduction des dépenses publiques, dérégulation, réforme de l’État, désinflation et recherche d’investissements étrangers.

L’Argentine entre dans la période actuelle avec un héritage double. D’un côté, elle dispose d’une profondeur territoriale, agricole, énergétique et minière considérable. De l’autre, son histoire de crises économiques, de dette, d’instabilité politique et de confrontation autour des Malouines continue de structurer sa perception de la souveraineté et de la puissance.

Structure politique actuelle

L’Argentine est une république représentative, républicaine et fédérale. Le pouvoir est organisé autour de trois branches: l’exécutif, dirigé par le président de la Nation, le pouvoir législatif composé du Sénat et de la Chambre des députés, et le pouvoir judiciaire[15].

Javier Milei exerce la présidence depuis décembre 2023. Son arrivée au pouvoir a constitué une rupture avec les principales forces politiques traditionnelles. Il défend une réduction importante du rôle économique de l’État, une politique de rigueur budgétaire et une transformation du cadre réglementaire afin d’accroître l’investissement privé.

Le gouvernement a progressivement renforcé sa position parlementaire. Les élections législatives et sénatoriales d’octobre 2025[16] ont renforcé le camp présidentiel, lui donnant une capacité accrue à soutenir son programme et à sécuriser certains vétos présidentiels. L’adoption du premier budget du gouvernement Milei en décembre 2025, après deux années sans budget adopté[17], constitue également un élément important de cette évolution.

La relation entre l’exécutif et les institutions de contrôle reste néanmoins un sujet majeur. Plusieurs postes institutionnels importants demeurent vacants. Le poste de Défenseur du peuple est vacant depuis 2009[18] et un nombre important de postes judiciaires fédéraux et nationaux restaient également vacants en 2025.

La Cour suprême constitue un autre point de tension. En février 2025, Milei a utilisé un décret présidentiel pour nommer deux personnes à la Cour suprême. Le Sénat a rejeté ces nominations en avril 2025. Le gouvernement a ensuite fait changer le système de choix des juges afin de limiter le nombre d’étapes lors de l’élection[19].

Le rapport entre l’exécutif et le Congrès est également conflictuel sur certaines politiques publiques. Le président a utilisé son pouvoir de veto contre plusieurs textes concernant notamment les retraites, le financement universitaire et les personnes handicapées. Dans certains cas, le Congrès est ensuite parvenu à annuler ces vétos[20].

La politique intérieure est donc caractérisée par un paradoxe. Le gouvernement dispose d’une capacité politique accrue pour mettre en œuvre son programme, mais ses relations avec certaines institutions de contrôle restent tendues. La capacité des contre-pouvoirs à fonctionner efficacement constitue ainsi un élément important de la stabilité politique à moyen terme.

Le caractère fédéral de l’État constitue une dimension essentielle du fonctionnement politique et économique argentin. Les provinces disposent d’une autonomie importante et jouent un rôle majeur dans la mise en œuvre des politiques publiques, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, des infrastructures et du développement productif. Les relations financières entre le gouvernement national et les gouvernements provinciaux constituent depuis plusieurs décennies un sujet de négociation et de conflictualité.

Le système de coparticipation fiscale constitue l’un des principaux instruments de redistribution entre l’État fédéral et les provinces. Cette organisation crée une interdépendance entre les différents niveaux de gouvernement: l’État national conserve des capacités fiscales importantes tandis que les provinces dépendent en partie des transferts et disposent de responsabilités importantes dans la fourniture de services publics.

Le fédéralisme possède également une dimension stratégique du fait de la répartition géographique des ressources naturelles. La Constitution argentine reconnaît aux provinces la propriété originaire des ressources naturelles présentes sur leur territoire. Cette disposition donne aux gouvernements provinciaux un rôle déterminant dans la négociation et la gestion de nombreux projets miniers et énergétiques.

Cette dimension est particulièrement visible dans les secteurs considérés comme stratégiques. Neuquén occupe une position centrale pour Vaca Muerta, tandis que Salta, Jujuy et Catamarca concentrent une grande partie de l’activité liée au lithium. San Juan joue également un rôle majeur dans le développement du cuivre. Les politiques nationales d’investissement doivent donc être articulées avec les politiques provinciales et avec les capacités locales en matière d’infrastructures, de fiscalité, d’environnement et de développement productif.

Le fédéralisme constitue ainsi à la fois une contrainte et un levier pour la stratégie économique argentine. Le gouvernement national peut définir le cadre macroéconomique et réglementaire, mais la transformation des ressources en investissements, emplois et exportations dépend également de la capacité à coordonner les différents niveaux de gouvernement.

La question sociale représente également un facteur politique central. La réduction de la pauvreté entre 2024 et 2025 constitue un élément favorable, mais les niveaux de pauvreté restent importants, notamment chez les enfants et les travailleurs informels. Les mesures de réduction des dépenses publiques ont également provoqué des mobilisations et des tensions sociales.

Le système argentin connaît une phase de transformation profonde autour de la présidence Milei. Le principal enjeu politique n’est pas seulement la capacité du gouvernement à imposer ses réformes, mais sa capacité à maintenir durablement la stabilité institutionnelle et sociale pendant une transformation économique rapide.

Structure économique

L’Argentine est la troisième économie d’Amérique latine derrière le Brésil et le Mexique. Elle est membre du G20 et du Mercosur et dispose d’une économie relativement diversifiée, reposant sur l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’industrie, l’énergie, les mines, le tourisme et les services.

La politique économique du gouvernement Milei repose principalement sur la stabilisation macroéconomique. La réduction des dépenses publiques, l’arrêt du financement monétaire du déficit, la dévaluation initiale du peso, la politique monétaire restrictive et la dérégulation constituent les principaux instruments utilisés.

L’un des résultats les plus importants est la baisse spectaculaire de l’inflation. Les données fournies indiquent une inflation annuelle passée de 236,7 % en 2024 à 33,6 % en 2025[21]. La baisse de l’inflation constitue donc un changement majeur par rapport à la situation observée au début de la présidence Milei.

Le gouvernement a également enregistré des excédents budgétaires. En 2024, l’Argentine aurait enregistré son premier excédent budgétaire annuel depuis 2008. Au cours des quatre premiers mois de 2026, le solde primaire était encore positif, à environ 0,5 % du PIB, tandis que le solde financier atteignait environ 0,2 % du PIB[22].

Cette stabilisation s’accompagne toutefois d’un coût économique et social important. L’ajustement a principalement reposé sur la réduction des dépenses plutôt que sur une hausse généralisée des impôts. Les mesures citées comprennent la suppression de programmes publics, la réduction des subventions, la diminution des investissements publics et la réduction de la taille de l’administration.

L’industrie conserve une place structurelle importante dans l’économie argentine. Le pays dispose notamment d’une base industrielle dans l’automobile, la métallurgie, la chimie, l’agroalimentaire, les machines agricoles et différents secteurs manufacturiers. Une partie de cette industrie est fortement intégrée aux échanges régionaux, notamment avec le Brésil. L’enjeu est donc de déterminer si l’ouverture commerciale et l’arrivée de nouveaux investissements permettront une modernisation du tissu productif ou si certains secteurs exposés à la concurrence internationale resteront sous pression.

Les PME et les micro-entreprises apparaissent également exposées. La hausse des procédures de restructuration et les difficultés d’accès au financement constituent des indicateurs de fragilité du tissu productif.

La situation sociale s’est néanmoins améliorée sur plusieurs indicateurs. La pauvreté est passée de 54,8 % en juin 2024 à 31,6 % en juin 2025, tandis que l’extrême pauvreté atteignait 6,9 %. Ces progrès doivent cependant être mis en relation avec la persistance d’une forte vulnérabilité sociale : 45,4 % des moins de 14 ans vivaient sous le seuil de pauvreté en juin 2025 et 37,7 % des travailleurs étaient employés dans le secteur informel[23].

L’agriculture et l’agro-industrie constituent un pilier historique de la puissance économique argentine. Le pays dispose d’importantes capacités dans les céréales, les oléagineux, l’élevage bovin et la transformation agroalimentaire. Le complexe agro-exportateur constitue une source essentielle de devises et reste fortement intégré aux marchés internationaux.

L’élevage bovin constitue un autre levier de montée en gamme. La stratégie potentielle n’est pas nécessairement de rivaliser avec le Brésil sur les volumes, mais de renforcer la spécialisation dans des viandes de qualité à forte valeur ajoutée. La transformation de céréales comme le maïs en produits animaux permet également d’augmenter la valeur ajoutée domestique.[24]

Le recul relatif de la consommation intérieure de viande bovine au profit du poulet et du porc pourrait libérer davantage de production pour les marchés extérieurs[25].

L’agriculture reste cependant exposée à plusieurs vulnérabilités structurelles: dépendance aux cours internationaux, conditions climatiques, besoins en infrastructures et fiscalité des exportations. Les relations entre l’État fédéral et le secteur agricole constituent également un enjeu politique important, notamment autour des prélèvements sur les exportations et de la répartition des revenus générés par le secteur.

L’agriculture et l’agro-industrie constituent donc un deuxième pilier de la puissance économique, parallèlement à l’énergie et aux mines. L’Argentine dispose également d’un secteur de services fondés sur la connaissance dont les exportations sont estimées à environ 18 milliards de dollars en 2025[26].

Le marché du travail constitue une autre dimension structurelle de l’économie argentine. Le niveau élevé d’informalité[27] limite l’accès d’une partie importante de la population aux mécanismes de protection sociale et réduit la capacité de l’économie à générer des emplois formels et une hausse durable de la productivité.

Le mouvement syndical conserve parallèlement un rôle institutionnel important. La Confédération générale du travail (CGT), ainsi que les différentes centrales syndicales, constituent des acteurs historiques du système politique et social argentin. Les syndicats disposent d’une capacité de mobilisation importante et jouent un rôle dans les négociations salariales, les conventions collectives et les conflits sociaux.

Cette configuration contribue à faire du marché du travail un espace de négociation entre l’État, les organisations patronales et les organisations de travailleurs. Les réformes économiques engagées depuis 2023 doivent donc être analysées non seulement à travers leurs effets budgétaires et réglementaires, mais également à travers leurs conséquences sur les relations professionnelles et la protection sociale.

La formalisation de l’emploi représente ainsi un enjeu structurel de long terme. Elle conditionne à la fois les revenus, la productivité, le financement de la protection sociale et la capacité de l’État à réduire durablement la pauvreté.

Le RIGI (Régimen de Incentivo para Grandes Inversiones – Régime d’incitation aux grands investissements)[28]constitue enfin un instrument central de la stratégie économique. Il vise à attirer de grands investissements étrangers dans des secteurs considérés comme stratégiques. Les projets concernent notamment l’énergie, les mines et les infrastructures.

L’Argentine a obtenu une amélioration importante de ses grands équilibres macroéconomiques, mais le passage de la stabilisation à une croissance durable reste à démontrer. Le défi consiste à faire en sorte que les ressources naturelles, les exportations agricoles et les investissements étrangers financent également une diversification productive et une montée en gamme industrielle.

Énergie et rente stratégique

L’énergie constitue l’un des principaux leviers de transformation de la puissance argentine. Vaca Muerta occupe une place centrale. Le gisement dispose d’importantes ressources en pétrole et en gaz de schiste et représente un potentiel majeur d’augmentation de la production énergétique et des exportations.

La construction de nouvelles infrastructures de transport d’hydrocarbures témoigne de l’objectif d’augmenter les capacités d’exportation[29]. Le développement de Vaca Muerta peut permettre à l’Argentine de réduire certaines de ses contraintes historiques liées au manque de devises et de transformer une ressource nationale en revenus extérieurs.

La dimension provinciale est essentielle à cette stratégie. Neuquén constitue le principal centre de développement de Vaca Muerta, tandis que Mendoza et Rio Negro sont également concernées par les activités liées aux hydrocarbures. La croissance du secteur implique donc des investissements dans les infrastructures, les transports, les services aux entreprises et les capacités locales, ainsi qu’une coordination entre les autorités nationales et provinciales.

Le secteur minier constitue un deuxième pilier. L’Argentine possède d’importantes ressources en lithium et en cuivre[30]. Les données fournies la présentent notamment comme le quatrième producteur mondial de lithium et comme disposant de réserves importantes.

Le développement du lithium et du cuivre est particulièrement stratégique dans le contexte de la transition énergétique mondiale. Ces ressources peuvent attirer des investissements considérables et donner à l’Argentine une place plus importante dans les chaînes de valeur liées aux batteries, aux réseaux électriques et à l’électrification.

Le lithium possède également une dimension géopolitique importante. Les provinces de Catamarca, Jujuy et Salta concentrent les principaux projets argentins et doivent donc articuler leurs politiques minières avec les stratégies nationales de développement et avec les intérêts des entreprises étrangères. La présence d’investisseurs chinois, américains, canadiens, australiens et européens donne au secteur une dimension directement liée à la compétition internationale autour des minerais critiques.

Le risque est toutefois de limiter cette stratégie à l’exportation de matières premières. La transformation locale des minerais constitue donc un enjeu important. La capacité à développer des chaînes industrielles autour du lithium, du cuivre et des hydrocarbures déterminerait une partie importante de la valeur réellement captée par l’économie argentine.

Les projets soumis au RIGI illustrent cette dynamique. Les données fournies font état de plusieurs dizaines de milliards de dollars d’engagements, notamment autour du lithium à Salta et du cuivre à San Juan.

L’énergie ne se limite cependant pas à l’économie. Elle est directement liée au contentieux des Malouines. Le projet Sea Lion, porté par Navitas Petroleum et Rockhopper Exploration[31], concerne l’exploitation d’hydrocarbures offshore dans une zone située à environ 220 kilomètres au nord des îles et revendiquée par l’Argentine.

Le projet aurait pour objectif une production de l’ordre de 50 000 barils par jour à partir de 2028 selon les projections. Toutefois il s’agit d’une projection et non d’une production actuelle. Sea Lion donne une dimension supplémentaire au différend territorial. Les ressources offshore peuvent désormais constituer une source de revenus susceptible de renforcer économiquement la présence britannique dans l’archipel. Buenos Aires considère donc l’exploitation de ces ressources comme une question de souveraineté mais également comme une question économique et stratégique.

Le gouvernement argentin a engagé des actions judiciaires contre des entreprises impliquées dans l’exploitation des ressources et cherche à renforcer les sanctions contre les acteurs participant à des projets considérés comme non autorisés.

L’Argentine dispose d’une opportunité rare de transformer ses ressources énergétiques et minières en puissance économique. Mais cette opportunité est liée à trois conditions: capacité d’investissement, infrastructures d’exportation et capacité à retenir une part suffisante de la valeur ajoutée sur le territoire national.

Positionnement international

La politique étrangère argentine connaît une réorientation importante sous Javier Milei, avec une priorité donnée au rapprochement avec les États-Unis et aux partenaires occidentaux, tout en maintenant des relations économiques structurantes avec la Chine, le Brésil et les autres partenaires commerciaux du pays.

La relation avec les États-Unis constitue aujourd’hui l’un des principaux axes du positionnement international argentin. Javier Milei cherche à approfondir les relations économiques, politiques et stratégiques avec Washington et à positionner l’Argentine comme un partenaire occidental fiable. Le rapprochement avec Donald Trump renforce cette orientation et s’inscrit dans une convergence politique entre les deux gouvernements. Cette relation possède également une dimension économique et financière importante, notamment à travers le soutien américain à l’Argentine et la ligne de swap de 20 milliards de dollars[32]. Buenos Aires cherche parallèlement à attirer davantage de capitaux américains, à renforcer les échanges bilatéraux et à favoriser une plus grande ouverture de son économie[33]. Cette proximité avec Washington ne signifie cependant pas une disparition des interdépendances argentines avec les autres grandes puissances.

La Chine constitue aussi un partenaire économique structurel de l’Argentine[34]. Elle représente un partenaire commercial majeur et joue un rôle important dans les exportations agricoles, les importations de biens manufacturés ainsi que dans les investissements énergétiques et miniers. Les entreprises chinoises disposent notamment d’une présence dans les secteurs du lithium, de l’énergie et de certaines infrastructures. Le lithium constitue un domaine particulièrement important de cette relation, avec des investissements chinois dans plusieurs provinces productrices. Cette situation illustre également le rôle des gouvernements provinciaux dans les relations économiques internationales argentines, les provinces disposant d’importantes compétences sur leurs ressources naturelles. Le repositionnement occidental du gouvernement Milei et la distance politique prise à l’égard de Pékin ne suppriment donc pas les interdépendances commerciales et productives entre les deux pays. L’Argentine doit ainsi maintenir un équilibre entre son rapprochement avec Washington et la nécessité de préserver ses relations économiques avec Pékin[35].

Le Mercosur demeure parallèlement un élément structurel de l’insertion internationale argentine[36]. L’organisation permet à l’Argentine de maintenir une intégration économique privilégiée avec ses voisins sud-américains, et notamment avec le Brésil, qui constitue un partenaire majeur pour les échanges commerciaux. Cette relation possède une dimension industrielle particulièrement importante: les chaînes de production automobile, les échanges de biens intermédiaires et plusieurs secteurs manufacturiers reposent sur une forte complémentarité entre les économies argentine et brésilienne. Le Mercosur constitue donc non seulement un marché d’exportation mais également un cadre de production régionale. La relation avec le Brésil possède également une dimension politique. Les divergences entre les gouvernements peuvent affecter les négociations commerciales et les orientations du Mercosur, mais l’interdépendance économique limite la possibilité d’une rupture complète. La volonté argentine de renforcer les accords de libre-échange doit ainsi être replacée dans ce cadre régional: l’enjeu consiste à concilier l’ouverture vers de nouveaux marchés avec la préservation des chaînes de valeur régionales et des intérêts industriels argentins.

Au-delà de ces trois axes, l’Argentine cherche à renforcer son intégration dans les structures économiques et diplomatiques internationales. Le pays a refusé d’intégrer les BRICS et a exprimé sa volonté de devenir un “partenaire global” de l’OTAN[37]. La candidature à l’OCDE[38] s’inscrit également dans la volonté d’intégrer davantage l’Argentine aux structures économiques occidentales. L’Argentine cherche ainsi à attirer les investissements internationaux, à promouvoir les accords de libre-échange et à renforcer son intégration commerciale. Elle soutient notamment l’accord UE-Mercosur[39] et cherche à développer ses relations avec les investisseurs européens. La relation avec le FMI constitue également une dimension structurelle de l’insertion internationale du pays. L’accord conclu avec le Fonds en 2025 prévoit un programme de 20 milliards de dollars sur quatre ans[40]. Il s’inscrit dans une relation plus longue entre l’Argentine et le FMI, marquée par les difficultés récurrentes de balance des paiements, le besoin de devises, le niveau des réserves et le service de la dette. Les programmes financiers internationaux sont ainsi associés à des objectifs de stabilisation macroéconomique et de réformes structurelles, faisant du financement extérieur un élément important de la trajectoire économique et de la marge de manœuvre internationale de l’Argentine.

La question des Malouines reste parallèlement au centre de la diplomatie argentine. Buenos Aires cherche à maintenir sa revendication de souveraineté tout en utilisant le droit international et les organisations multilatérales pour obtenir un règlement pacifique du différend. Le dossier possède désormais une dimension énergétique, le développement d’activités pétrolières autour des îles conduisant Buenos Aires à combiner revendication territoriale, contentieux juridique, mesures économiques et pression diplomatique. La position des États-Unis constitue à ce titre un élément à surveiller; les déclarations de Donald Trump pouvant suggérer une évolution de la position américaine, mais cet élément doit être distingué des faits diplomatiques établis et considéré comme une position politique annoncée tant qu’elle n’est pas confirmée par des actes officiels[41].

Le positionnement international de l’Argentine repose donc sur plusieurs relations complémentaires mais parfois difficiles à concilier: rapprochement politique et stratégique avec les États-Unis, interdépendance économique avec la Chine, intégration régionale à travers le Mercosur et maintien de relations avec les partenaires européens et les institutions multilatérales. L’objectif est de transformer les ressources et le potentiel économique du pays en davantage d’influence internationale, tout en conservant une marge de manœuvre entre ses différents partenaires. Cette diversification des relations constitue à la fois un levier pour l’Argentine et une source de contraintes, notamment en raison de ses besoins de financement extérieur, de sa dépendance aux marchés internationaux et des intérêts divergents de ses principaux partenaires.

Sécurité, défense et conflictualité

La sécurité argentine est aujourd’hui structurée autour de plusieurs dimensions: défense territoriale, Atlantique Sud, les Malouines, ressources stratégiques, sécurité énergétique, protection des infrastructures et nouvelles formes de conflictualité[42].

Le différend des Malouines demeure le principal contentieux territorial du pays. La guerre de 1982 reste un élément structurant de la doctrine politique argentine et de la perception nationale de la souveraineté.

La question énergétique donne désormais une nouvelle dimension au dossier. L’exploitation offshore autour des îles associe directement le territoire contesté à des ressources susceptibles de générer des revenus importants.

Le gouvernement Milei souhaite renforcer les instruments de défense de la souveraineté. Les projets annoncés comprennent notamment la construction d’une base navale intégrée en Terre de Feu, le développement des infrastructures de télécommunications et le renforcement du rôle de la région australe comme plateforme logistique de l’Atlantique Sud.

Une approche plus intégrée de la sécurité nationale est également envisagée. Le projet de Conseil de sécurité nationale doit notamment associer Affaires étrangères, Défense, renseignement et économie.

Cette évolution traduit une conception plus large de la puissance. La protection des intérêts argentins ne repose plus uniquement sur les forces armées, mais sur la combinaison de moyens diplomatiques, judiciaires, économiques, réglementaires et militaires.

La protection des infrastructures critiques et des domaines maritime et aérospatial s’inscrit dans cette logique. La sécurité intérieure constitue un autre sujet. Les mesures prises depuis 2023 pour renforcer les capacités policières face aux manifestations ont provoqué des tensions avec certains mouvements sociaux et des inquiétudes internationales concernant l’espace civique. Ce volet doit être distingué de la défense extérieure : il relève principalement de la gestion de la conflictualité sociale et politique interne.

L’Argentine doit également prendre en compte l’Atlantique Sud et l’Antarctique. Sa position géographique lui donne un intérêt stratégique particulier dans cette région, où se croisent les enjeux maritimes, énergétiques, scientifiques, logistiques et territoriaux.

La stratégie argentine évolue vers une conception plus globale de la sécurité nationale, dans laquelle défense, ressources naturelles, renseignement, diplomatie, infrastructures et économie sont de plus en plus interconnectés.

 

Risques et vulnérabilités

La première vulnérabilité est financière. Malgré l’amélioration des comptes publics et la baisse du risque pays, l’Argentine reste dépendante de ses réserves en devises, des financements extérieurs et de la confiance des marchés.

La deuxième vulnérabilité est monétaire. La stabilité du peso reste un enjeu central. Une nouvelle pression sur les réserves ou sur le marché des changes pourrait fragiliser les progrès obtenus sur l’inflation.

La troisième vulnérabilité est sociale. La baisse de la pauvreté constitue une amélioration importante, mais près de 32% de la population restait sous le seuil de pauvreté en juin 2026[43]. La situation des enfants, des travailleurs informels et des ménages confrontés à la hausse des coûts essentiels demeure particulièrement sensible[44].

La quatrième vulnérabilité est industrielle. Une contraction prolongée de l’industrie et des PME pourrait conduire à une désindustrialisation relative si l’expansion des secteurs extractifs ne s’accompagne pas d’une reconstruction des capacités productives.

La cinquième vulnérabilité est la dépendance aux matières premières. Le développement du pétrole, du gaz, du lithium, du cuivre et de l’agriculture peut accroître fortement les recettes d’exportation, mais expose également le pays aux fluctuations des cours mondiaux et de la demande internationale.

La sixième vulnérabilité concerne la transformation locale des ressources. Une économie principalement tournée vers l’exportation de ressources brutes pourrait générer des devises sans produire suffisamment d’emplois qualifiés, d’industries complémentaires et de valeur ajoutée nationale.

La septième vulnérabilité est territoriale et institutionnelle. Les écarts de développement entre les provinces, la dépendance de certaines juridictions aux transferts nationaux et la nécessité de coordonner les politiques fédérales et provinciales peuvent compliquer la mise en œuvre d’une stratégie nationale cohérente. La concentration des ressources stratégiques dans certaines provinces renforce également l’importance de leur participation aux politiques énergétiques et minières.

La huitième vulnérabilité est institutionnelle. Les tensions entre l’exécutif et certaines institutions de contrôle, les postes judiciaires vacants et les controverses autour des procédures de nomination constituent des éléments à surveiller.

La neuvième vulnérabilité est sociale et politique. Les politiques d’ajustement peuvent provoquer une conflictualité durable si les gains macroéconomiques ne se traduisent pas suffisamment rapidement par une amélioration du niveau de vie. Le poids historique des syndicats et des organisations sociales constitue également un facteur important dans la capacité du gouvernement à mettre en œuvre des réformes du marché du travail et de la protection sociale.

La dixième vulnérabilité est géopolitique. Le renforcement de la politique argentine autour des Malouines et des ressources offshore peut accroître les tensions avec Londres. L’utilisation simultanée d’instruments judiciaires, économiques et diplomatiques réduit cependant le risque d’une confrontation militaire directe et replace le conflit principalement dans les domaines juridique, économique et diplomatique.

Le principal risque pour l’Argentine n’est pas l’absence de ressources, mais la difficulté à convertir ces ressources en stabilité durable. La réussite de la transformation dépendra donc autant de la qualité des institutions et des investissements que de la quantité de pétrole, de gaz, de lithium, de cuivre ou de produits agricoles disponibles.

Opportunités et dynamiques à suivre

La première opportunité est énergétique. Le développement de Vaca Muerta peut transformer durablement la balance énergétique argentine et créer une source importante de devises. 

La deuxième est minière. Le lithium et le cuivre peuvent placer l’Argentine au cœur de certaines chaînes de valeur associées à la transition énergétique mondiale.

La troisième est agricole. L’Argentine dispose d’un avantage structurel dans l’agriculture, l’élevage et l’agroalimentaire. L’enjeu est désormais d’augmenter la valeur ajoutée plutôt que de rechercher uniquement des volumes supplémentaires.

L’élevage bovin peut notamment être repositionné sur des segments premium. Le développement de la génétique bovine, l’amélioration de la productivité du cheptel, les investissements dans l’alimentation animale et les infrastructures peuvent renforcer la compétitivité des exportations.

Les marchés américain, chinois et européen constituent des débouchés stratégiques à suivre. Le développement des exportations de viande de qualité peut compléter la stratégie énergétique et minière.

La quatrième opportunité concerne les services fondés sur la connaissance. L’Argentine dispose d’un capital humain important, d’universités reconnues et d’un secteur entrepreneurial développé. Les exportations de services représentent déjà une source importante de devises et peuvent être développées dans les technologies, le numérique et les services liés à l’intelligence artificielle.

La cinquième opportunité est industrielle. Le développement des secteurs énergétiques, miniers et agroalimentaires peut créer des chaînes de valeur complémentaires dans les équipements, la transformation, les services industriels et les infrastructures. L’enjeu est de faire en sorte que les investissements dans les ressources naturelles contribuent également au renforcement du tissu productif national.

La sixième opportunité est l’investissement étranger. Le RIGI peut permettre d’attirer des capitaux importants dans l’énergie, les mines, les infrastructures et d’autres secteurs stratégiques.

La septième opportunité est géopolitique. Une augmentation des exportations énergétiques, minières et agricoles pourrait donner à Buenos Aires davantage de poids dans ses relations avec les États-Unis, l’Europe, la Chine et les autres partenaires commerciaux.

La huitième opportunité concerne l’intégration régionale. Le maintien et l’approfondissement des échanges avec le Brésil et les autres membres du Mercosur peuvent permettre à l’Argentine de conserver des débouchés industriels régionaux tout en développant simultanément ses exportations vers les marchés mondiaux.

La neuvième opportunité concerne l’Atlantique Sud. Le renforcement des capacités logistiques et militaires en Terre de Feu peut permettre à l’Argentine de consolider sa présence dans une région où se croisent les enjeux maritimes, énergétiques et antarctiques.

Enfin, le règlement pacifique du différend des Malouines reste une dynamique diplomatique à long terme. La question devrait continuer à combiner souveraineté, droit international, ressources offshore et présence militaire.

L’Argentine dispose d’un ensemble exceptionnel de ressources susceptibles de soutenir une nouvelle phase de puissance économique. Le défi sera de transformer cette abondance en capacités durables : infrastructures, industrie, exportations à forte valeur ajoutée, réserves financières, capital humain, développement territorial et influence internationale.

Points de vigilance

L’évolution de la situation économique dépendra notamment de la trajectoire de l’inflation et du taux de change, ainsi que du niveau des réserves internationales de la Banque centrale. La trajectoire de la dette et les relations avec le FMI resteront également déterminantes, tout comme la capacité du gouvernement à maintenir les excédents budgétaires. Sur le plan social, l’évolution de la pauvreté, de l’emploi informel et des salaires réels permettra de mesurer les effets de la stabilisation macroéconomique sur la population.

La situation de l’industrie et des PME constituera un autre indicateur important. Les investissements réalisés dans le cadre du RIGI permettront notamment d’évaluer la capacité de l’Argentine à attirer durablement des capitaux étrangers. Le développement de Vaca Muerta et des infrastructures nécessaires à l’exportation d’hydrocarbures représentera également un enjeu majeur, de même que les investissements dans le lithium et le cuivre. La capacité du pays à développer une transformation locale de ces ressources sera particulièrement importante afin d’accroître leur valeur ajoutée sur le territoire.

Dans le secteur agricole, les exportations de produits agricoles et agroalimentaires continueront de jouer un rôle important. Une attention particulière pourra être portée au développement de la viande bovine premium, à l’accès aux marchés américain, chinois et européen, ainsi qu’à l’amélioration de la productivité du cheptel et au développement de la génétique bovine.

La relation entre l’État fédéral et les provinces constituera également un indicateur important. L’évolution des mécanismes de financement, des investissements territoriaux et de la gouvernance des ressources naturelles permettra d’apprécier la capacité du pays à coordonner sa politique économique à l’échelle nationale.

Sur le plan international, l’évolution des relations de l’Argentine avec les États-Unis, l’Union européenne et la Chine constituera un élément structurant de son positionnement extérieur. La relation avec le Brésil et l’avenir du Mercosur devront également être suivis, notamment en raison de leur importance pour les échanges industriels et commerciaux. La candidature à l’OCDE et le rapprochement avec l’OTAN permettront également d’apprécier l’évolution de l’ancrage international recherché par le gouvernement de Javier Milei.

Sur le plan stratégique, le développement du projet Sea Lion et des autres projets d’hydrocarbures autour des Malouines constituera un point de tension important entre l’Argentine et le Royaume-Uni. Les procédures judiciaires engagées par Buenos Aires contre les entreprises impliquées, ainsi que les éventuelles sanctions et restrictions adoptées par les autorités argentines, pourront contribuer à faire évoluer cette confrontation. La position britannique et toute évolution officielle de la position américaine sur la question des Malouines devront également être prises en compte.

Enfin, le renforcement des capacités militaires et logistiques en Terre de Feu constituera un indicateur important de l’évolution de la posture stratégique argentine dans l’Atlantique Sud. La politique menée en Antarctique et le développement des infrastructures stratégiques de cette région permettront également d’apprécier la volonté de Buenos Aires de renforcer sa présence et ses capacités dans son environnement austral.

Lecture stratégique finale

L’Argentine entre dans une nouvelle phase de son histoire stratégique. Le gouvernement Milei cherche à rompre avec un modèle économique caractérisé par l’inflation, les déficits et une forte intervention de l’État, en lui substituant un modèle fondé sur la discipline budgétaire, l’investissement privé, les exportations et la valorisation des ressources naturelles.

Cette stratégie dispose d’une base matérielle importante. L’Argentine possède Vaca Muerta, des ressources considérables en lithium et en cuivre, une agriculture compétitive, un élevage bovin reconnu, un secteur agroalimentaire développé, un capital humain important et une position géographique stratégique dans l’Atlantique Sud.

Cette base matérielle doit toutefois être replacée dans la structure institutionnelle et territoriale du pays. Le fédéralisme, le rôle des provinces, les mécanismes de redistribution fiscale et la répartition territoriale des ressources naturelles conditionnent directement la capacité de l’État argentin à transformer son potentiel en investissements et en exportations. La relation entre l’État national et les gouvernements provinciaux sera donc déterminante dans le développement de Vaca Muerta, du lithium, du cuivre et des infrastructures nécessaires à leur exploitation.

L’économie argentine conserve également une base productive diversifiée, avec une industrie importante, une agriculture et une agro-industrie compétitives, ainsi qu’un secteur de services fondés sur la connaissance. La transformation du modèle économique ne se limite donc pas à une opposition entre intervention de l’État et exploitation des ressources naturelles. Elle pose également la question de l’articulation entre ressources extractives, industrie, agriculture, services et chaînes de valeur régionales.

Mais cette base matérielle ne garantit pas automatiquement une montée en puissance. Le pays doit encore résoudre plusieurs contradictions: stabiliser durablement sa monnaie, reconstruire ses réserves, maintenir la cohésion sociale, éviter une désindustrialisation, attirer les capitaux sans devenir excessivement dépendant d’eux et transformer les ressources extractives en valeur ajoutée nationale.

La relation avec le FMI demeure également révélatrice d’une vulnérabilité structurelle. Les besoins récurrents de financement extérieur sont liés aux difficultés historiques de l’Argentine à accumuler suffisamment de réserves et à maintenir une trajectoire durable de balance des paiements. La stabilisation actuelle doit donc être évaluée non seulement par la baisse de l’inflation ou l’amélioration du solde budgétaire, mais également par la capacité du pays à générer durablement les devises nécessaires à son autonomie financière.

Le positionnement international ajoute une autre dimension. L’Argentine cherche à renforcer ses relations avec les États-Unis et les partenaires occidentaux, tout en demeurant fortement intégrée au Mercosur et dépendante de relations économiques importantes avec la Chine. Cette diversification des partenaires constitue un élément essentiel de la stratégie de puissance argentine, mais crée également des arbitrages entre orientations politiques, intérêts commerciaux et besoins d’investissement.

La question des Malouines ajoute une dimension géopolitique à cette transformation. L’exploitation potentielle des hydrocarbures offshore fait désormais se croiser directement souveraineté territoriale, énergie, droit international, diplomatie et sécurité. La stratégie argentine consiste de plus en plus à utiliser simultanément les instruments économiques, juridiques, diplomatiques et militaires pour défendre ses intérêts.

Le principal enjeu de la période 2026-2030 sera donc la conversion du potentiel en puissance effective. L’Argentine dispose des ressources nécessaires pour augmenter fortement ses exportations et renforcer son autonomie financière. La question sera de savoir si ces ressources permettront également de reconstruire une base industrielle, d’améliorer durablement le niveau de vie, de renforcer les territoires producteurs et de consolider les capacités stratégiques de l’État.

L’Argentine n’est pas confrontée à un manque de ressources, mais à un problème de transformation de ses ressources en puissance durable. Son potentiel énergétique, minier, agricole et humain peut renforcer considérablement son poids international, à condition que la stabilisation macroéconomique se traduise par des investissements productifs, une diversification économique, une meilleure articulation entre l’État fédéral et les provinces et une consolidation institutionnelle.


[1]Directorio Legislativo – Fortalecemos las Democracias de América Latina, Javier Milei es electo presidente de la Argentina

[2]Banque Mondiale, PIB ($ US courants) – Argentina https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.MKTP.CD?locations=AR

[3]Banque Mondiale, dépenses militaires (% du PIB) – Argentina https://www.google.com/url?q=https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/MS.MIL.XPND.GD.ZS?locations%3DAR&sa=D&source=docs&ust=1790564190376853&usg=AOvVaw3fe2MutKhQOwBtaVTsXzTZ

[4]Annexo, Plataforma Electoral la Libertad Avanza https://www.electoral.gob.ar/nuevo/paginas/pdf/plataformas/2023/PASO/CABA%20501%20LA%20LIBERTAD%20AVANZA%20ADHIERE%20PLATAFORMA%20ON.pdf

[5]Etat argentin, Argentina Nuestro país https://www.argentina.gob.ar/pais

[6]BBVA RESEARCH: inflation d’août 2026 https://www.bbvaresearch.com/publicaciones/argentina-inflacion-de-agosto-17-mm-la-mas-baja-en-14-meses/  

[7]Direction générale du Trésor (France): Indicateurs et Conjoncture (de l’Argentine) https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/AR/indicateurs-et-conjoncture

[8]Constitution argetine article 1 https://servicios.infoleg.gob.ar/infolegInternet/anexos/0-4999/804/norma.htm

[9]Navitas Petroleum: Sea Lion https://www.navitaspet.com/project/sea-lion/  

[10]Discours du président Milei (le 03 septembre 2026), Cadena Nacional del Presidente Javier Milei sobre la Causa Malvinas https://www.casarosada.gob.ar/slider-principal/51360-cadena-nacional-del-presidente-javier-milei-sobre-la-causa-malvinas

[11]Constitution argentine (article 1, 5, 121-129) https://servicios.infoleg.gob.ar/infolegInternet/anexos/0-4999/804/norma.htm  

[12]Larousse: Argentine: histoire

https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Argentine_histoire/186995

[13]Larousse: Argentine: vie politique depuis 1945 https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Argentine_vie_politique_depuis_1945/187451

[14]Directorio Legislativo – Fortalecemos las Democracias de América Latina, Javier Milei es electo presidente de la Argentina

[15]Etat argentin, Argentina Nuestro paíshttps://www.argentina.gob.ar/pais

[16]Dirección Nacional Electoral: Resultados electores 2025 https://resultados.elecciones.gob.ar/

[17]Oficina de Presupuesto del Congreso: ANÁLISIS DE LA EJECUCIÓN PRESUPUESTARIA DE LA ADMINISTRACIÓN NACIONAL – DICIEMBRE 2025

[18]Defensoría del Pueblo: https://www.dpn.gob.ar/

[19]Decreto 467/2026 https://www.argentina.gob.ar/normativa/nacional/norma-426662

[20]La Nación, Qué leyes vetó Javier Milei? https://www.lanacion.com.ar/politica/que-leyes-veto-javier-milei-nid11092025/

[21]Fondo Monetario Internacional: Argentina mira hacia el futuro  https://www.imf.org/es/blogs/articles/2026/07/31/argentina-looks-forward

[22]Trading Economics, Valeur du budget gouvernemental en Argentine

https://fr.tradingeconomics.com/argentina/government-budget-value

[23]International Finance, Le bilan budgétaire de l’Argentine en matière de tronçonneuses à la croisée des chemins

https://www.google.com/url?q=https://internationalfinance.com/fr/magazine/argentinas-chainsaw-balance-sheet-at-a-crossroads/&sa=D&source=docs&ust=1790565069656622&usg=AOvVaw10MrGzDFZWUKYJPwuWtjSe

[24]La Nación, “Estamos triplicando”: el boom de la carne certificada argentina apunta a superar las 20.000 toneladas exportadas

https://www.lanacion.com.ar/economia/campo/estamos-triplicando-el-boom-de-la-carne-certificada-argentina-apunta-a-superar-las-20000-toneladas-nid17092026

[25]Asociación Argentina de Angus: Informe mensual https://www.angus.org.ar/finder/files/informes/Informes%20Mensuales%202026/Informe%20Mensual%20Angus%20-%20Junio%202026.pdf

[26]Ministerio de Relaciones Exteriores, Comercio internacional y Culto, “Análisis del Comercio de Servicios de la Argentina) https://cancilleria.gob.ar/en/cie/news/analysis-argentinas-trade-services-2025

[27]Ministerio de Economía, Mercado de trabajo. Indicadores de informalidad laboral (EPH) https://www.indec.gob.ar/uploads/informesdeprensa/informalidad_laboral_eph_04_26798CEA49F8.pdf

[28]Ministerio de Economía, RIGI https://www.argentina.gob.ar/economia/rigi

[29]Gobierno argentino, Infraestructura de soporte para la economía del hidrógeno

https://www.argentina.gob.ar/asuntos-estrategicos/estrategia-nacional-para-el-desarrollo-de-la-economia-del-hidrogeno-9

[30]Business France, Team France Export, Le secteur des mines en Argentine https://www.teamfrance-export.fr/fiche-marche/infrastructures/mines/AR

[31]Navitas Petroleum: Sea Lion https://www.navitaspet.com/project/sea-lion/  

[32]US Congress, U.S. Financial Support to Argentina https://www.congress.gov/crs-product/R48780

[33]US Department of State, HOJA INFORMATIVA: Estados Unidos y Argentina crean el Corredor Andes-Atlántico

https://www.state.gov/translations/spanish/hoja-informativa-estados-unidos-y-argentina-crean-el-corredor-andes-atlantico

[34]XinhuaNet, Les relations de l’Argentine avec la Chine sont dans une « très bonne » situation (MAE argentin)

https://french.xinhuanet.com/20260918/f9f29987b48d4ea88cedd3a89352b424/c.html

[35]France 24, Pour Milei, un exercice d’équilibriste entre le commerce avec la Chine et l’allégeance à Trump

https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20260205-pour-milei-un-exercice-d-%C3%A9quilibriste-entre-le-commerce-avec-la-chine-et-l-all%C3%A9geance-%C3%A0-trump

[36]Ministerio de Economía, Qué es el MERCOSUR? https://www.argentina.gob.ar/economia/asuntosinternacionales/mercosur

[37]France 24, Argentina: el Gobierno de Milei le dice no a los BRICS

https://www.france24.com/es/minuto-a-minuto/20231229-argentina-formaliza-su-renuncia-a-integrar-los-brics

[38]OCDE: Argentina https://www.oecd.org/es/countries/argentina.html

[39]Bolsa de Comercio de Rosario: Implementación del acuerdo UE-MERCOSUR: Implicancias y oportunidades para Argentina

https://www.bcr.com.ar/es/mercados/investigacion-y-desarrollo/informativo-semanal/noticias-informativo-semanal/implementacion

[40]Ministerio de Economía, Argentina anuncia un programa de facilidades extendidas con el Fondo Monetario Internacional por USD20.000 milloneshttps://www.argentina.gob.ar/noticias/argentina-anuncia-un-programa-de-facilidades-extendidas-con-el-fondo-monetario

[41]CNN World, Argentina ratchets up Falklands tensions after Trump casts doubt on support for Britain

https://edition.cnn.com/2026/09/04/americas/argentina-oil-sanctions-falkland-islands-hnk-intl

[42]Discours du président Milei (le 03 septembre 2026), Cadena Nacional del Presidente Javier Milei sobre la Causa Malvinas https://www.casarosada.gob.ar/slider-principal/51360-cadena-nacional-del-presidente-javier-milei-sobre-la-causa-malvinas

[43]INDEC, Instituto Nacional de Estadísticas y Censos: Pobreza https://www.indec.gob.ar/indec/web/Nivel3-Tema-4-46

[44]Human Rights Watch, Argentina, Events of 2025 https://www.hrw.org/world-report/2026/country-chapters/argentina