Le Fin Mémo 4 : La réponse française à la menace russe

Posture globale face à une menace durable

Crédibilité – Cohérence – Résilience

Pôle thématique : RIDS – Relations internationales, Défense et Sécurité

Date de publication : 20 décembre 2025

Ce document accompagne la carte de synthèse présentant la réponse stratégique française à la menace russe. Il vise à expliciter les logiques, les priorités et les équilibres qui structurent l’action de la France face à une menace désormais identifiée comme durable, multiforme et systémique.

Contrairement à une approche strictement militaire, la réponse française repose sur une posture globale, combinant dissuasion, déploiements conventionnels, lutte contre les menaces hybrides, communication stratégique et renforcement de la résilience nationale. L’objectif n’est pas la surenchère, mais la stabilisation du rapport de force, dans la durée.

  1. Dissuasion : le socle ultime de la sécurité nationale

La dissuasion nucléaire demeure le fondement central de la sécurité française. Elle est strictement nationale, placée sous l’autorité exclusive du Président de la République, et ne fait l’objet d’aucun partage de décision. Dans le contexte de la menace russe, la France a réaffirmé la crédibilité de sa dissuasion par :

  • la modernisation continue de ses deux composantes (océanique et aéroportée),
  • le maintien d’une chaîne de commandement robuste,
  • une visibilité maîtrisée des exercices, destinée à renforcer la crédibilité sans provoquer d’escalade.

Sans constituer une dissuasion « élargie » au sens anglo-saxon, la dissuasion française contribue indirectement à la sécurité européenne en renforçant le bouclier global de l’Alliance et en compliquant toute tentative de coercition stratégique majeure.

  • Flanc Est : crédibilité de la défense collective

Face à la pression russe sur l’Europe orientale, la France a renforcé sa présence sur le flanc Est de l’OTAN, notamment par :

  • des déploiements réguliers en Europe centrale et orientale,
  • la participation à des groupements tactiques multinationaux,
  • des exercices de haute intensité visant à démontrer la capacité de réaction rapide.

Cette posture répond à un double objectif :

  • réassurer les alliés les plus exposés,
  • envoyer à Moscou un signal clair de crédibilité et de solidarité.

Il s’agit de montrer que toute tentative de déstabilisation territoriale se heurterait à une réponse collective immédiate.

  • Cyber & hybride : protéger la nation dans la zone grise

La confrontation avec la Russie se déroule largement sous le seuil du conflit armé, dans le cyberespace et les champs hybrides. La France a donc renforcé ses capacités dans quatre directions principales :

  • protection des infrastructures critiques (énergie, télécoms, transports, santé),
  • détection des ingérences étrangères et des opérations d’influence,
  • amélioration des capacités d’attribution, condition d’une dissuasion graduée,
  • lutte contre les sabotages invisibles et les actions de déstabilisation indirectes.

L’objectif est de réduire la vulnérabilité nationale, d’augmenter les coûts pour l’adversaire et de rendre ses opérations moins efficaces, voire contre-productives.

  • Communication stratégique : nommer la menace, préparer la société

Un tournant majeur de la période récente réside dans l’évolution de la communication stratégique de l’État. La France assume désormais :

  • de nommer clairement la menace russe,
  • de développer une pédagogie de l’effort de défense,
  • de tenir un discours de vérité, sans minimisation mais sans alarmisme.

Cette communication vise à assurer une cohérence politique–stratégique entre les actes, les discours et les documents de référence, tout en renforçant la confiance du public.

Informer devient un levier de sécurité à part entière : une société qui comprend la menace est moins vulnérable aux manipulations et aux opérations d’influence.

5. Résilience nationale : tenir dans la durée

Enfin, la réponse française s’inscrit dans une logique de temps long. Face à une menace persistante, la priorité est de pouvoir tenir sans fracturer la démocratie.

Cela implique :

  • garantir la continuité de l’État et des services vitaux,
  • préparer les acteurs civils et économiques à des situations de crise,
  • impliquer progressivement la société dans une logique de résilience,
  • renforcer la capacité collective à absorber des chocs hybrides répétés.

La résilience nationale n’est pas une militarisation de la société, mais une assurance démocratique face à l’incertitude stratégique.

Conclusion

La réponse française à la menace russe repose sur un équilibre exigeant : être ferme sans être provocatrice, préparée sans être alarmiste, résolue sans renoncer aux principes démocratiques.

Cette posture globale – crédible, cohérente et résiliente – vise un objectif central :

préserver la liberté de décision de la France et de ses alliés face à une stratégie de coercition durable.