
Pôle thématique : RIDS – Relations internationales, Défense et Sécurité
Date de publication : 5 janvier 2026
Introduction — Une guerre qui ne dit pas son nom
La guerre hybride est devenue l’une des formes centrales de la conflictualité contemporaine. Elle ne repose ni sur une déclaration officielle de guerre, ni sur des affrontements militaires massifs et visibles, mais sur une combinaison d’actions coordonnées, menées sous le seuil du conflit armé, visant à affaiblir un adversaire sans déclencher de riposte frontale.
Dans ce type de guerre, la perception, la confusion et l’usure comptent autant que la puissance militaire. La Russie a fait de cette approche un pilier structurant de sa stratégie, notamment à l’encontre des démocraties occidentales, qu’elle considère comme vulnérables sur le plan informationnel, social et politique.
- Qu’est-ce que la guerre hybride ? Une définition opérationnelle
La guerre hybride peut être définie comme l’usage simultané et coordonné de moyens militaires, non militaires et para-militaires afin de créer un rapport de force favorable, sans franchir les seuils classiques de la guerre déclarée.
Elle combine notamment :
- des actions militaires indirectes ou dissimulées,
- des opérations cyber (espionnage, sabotage, prépositionnement),
- des campagnes informationnelles (désinformation, manipulation, propagande),
- des pressions économiques et énergétiques,
- des actions de sabotage ou d’intimidation difficiles à attribuer.
L’objectif n’est pas nécessairement la conquête territoriale, mais la désorganisation progressive de l’adversaire.
- Pourquoi les démocraties sont des cibles privilégiées
Les régimes démocratiques présentent plusieurs vulnérabilités structurelles :
- une forte dépendance à la confiance publique,
- un espace informationnel ouvert,
- des cycles électoraux réguliers,
- une sensibilité accrue aux crises sociales et économiques.
La guerre hybride exploite précisément ces caractéristiques. Elle cherche moins à convaincre qu’à désorienter, moins à imposer un récit qu’à saper toute certitude, en installant le doute permanent.
Dans cette logique, la vérité importe moins que la confusion, et la répétition de narratifs contradictoires devient une arme en soi.
- Les principaux outils de la guerre hybride
Le cyberespace
- Espionnage stratégique de long terme
- Prépositionnement dans les réseaux critiques
- Sabotage potentiel d’infrastructures (énergie, santé, transports)
- Difficulté d’attribution qui limite la dissuasion classique
L’information
- Diffusion de récits polarisants
- Exploitation des fractures sociales existantes
- Amplification artificielle de controverses
- Saturation de l’espace médiatique
L’économie et l’énergie
- Chantage sur les approvisionnements
- Déstabilisation des marchés
- Instrumentalisation des dépendances structurelles
La psychologie collective
- Installation d’un sentiment d’impuissance
- Érosion de la confiance dans l’État
- Fatigue démocratique et désengagement civique
- La zone grise : cœur de la guerre hybride
La guerre hybride s’inscrit dans ce que l’on appelle la zone grise, c’est-à-dire l’espace intermédiaire entre paix et guerre.
Dans cette zone :
- l’agression est réelle mais juridiquement floue,
- la riposte est politiquement risquée,
- l’attribution est souvent contestable.
C’est précisément cette ambiguïté qui permet à l’agresseur de conserver l’initiative stratégique.
- Pourquoi nommer la guerre hybride est déjà un acte stratégique
Ne pas nommer la guerre hybride revient à :
- la subir passivement,
- laisser l’adversaire imposer son tempo,
- retarder les réponses institutionnelles.
À l’inverse, expliquer, documenter et rendre visible cette forme de conflictualité permet :
- d’élever le niveau de vigilance collective,
- de renforcer la résilience démocratique,
- de réduire l’efficacité des opérations hostiles.
La pédagogie devient alors un outil de défense à part entière.