Le Fin Mémo 8 : Pourquoi l’OTAN est redevenue centrale ?

Du soupçon d’obsolescence au pilier structurant de la sécurité européenne

Pôle thématique : RIDS – Relations internationales, Défense et Sécurité

Date de publication : 9 janvier 2026

Introduction – Le retour d’une alliance que l’on croyait dépassée

Il y a encore quelques années, l’OTAN apparaissait comme une alliance en perte de sens. Élargie, bureaucratisée, dépendante des États-Unis, elle semblait mal adaptée aux défis hybrides, aux opérations extérieures et à la transformation du champ de bataille.

La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine en février 2022 a brutalement inversé cette perception. L’Alliance atlantique est redevenue, en quelques semaines, le cadre central de la défense collective en Europe.

Ce retour ne relève pas d’un réflexe idéologique, mais d’une réalité stratégique : face à une menace militaire étatique majeure, durable et assumée, aucune autre structure ne dispose aujourd’hui des capacités, de la crédibilité et de l’intégration nécessaires.

  1. Le choc stratégique de 2022 : la fin des illusions

L’invasion de l’Ukraine a mis fin à trois illusions structurantes en Europe :

  1. L’illusion d’une paix durable sur le continent ;
  2. L’illusion d’une Russie dissuadée par l’interdépendance économique ;
  3. L’illusion d’une sécurité européenne pouvant se construire sans rapport de force.

Dans ce contexte, l’OTAN a retrouvé son rôle premier : dissuader, rassurer et défendre.

La France elle-même, pourtant porteuse d’un discours critique sur l’Alliance (jusqu’à parler de “mort cérébrale” en 2019), a opéré un réalignement pragmatique rapide, reconnaissant la centralité retrouvée de l’OTAN face à la menace russe.

  • Ce que l’OTAN fait que personne d’autre ne fait

L’OTAN n’est pas seulement une alliance politique. Elle est une machine militaire intégrée.

Ses atouts uniques :

  • Une planification militaire collective permanente ;
  • Une chaîne de commandement opérationnelle éprouvée ;
  • Des exercices de haute intensité réguliers ;
  • Une interopérabilité réelle entre forces alliées ;
  • Une dissuasion crédible fondée sur la présence américaine.

Ni l’Union européenne, ni des coalitions ad hoc ne disposent aujourd’hui d’un tel niveau d’intégration opérationnelle.

  • Le flanc Est : test grandeur nature de la crédibilité alliée

Depuis 2022, l’OTAN a transformé sa posture sur son flanc oriental :

  • Déploiements avancés renforcés (Baltique, Pologne, Roumanie) ;
  • Passage d’une logique de “présence symbolique” à une posture de défense avancée ;
  • Intégration accrue des forces nationales dans des dispositifs multinationaux.

La France participe activement à cette dynamique, notamment en Roumanie, illustrant un changement doctrinal majeur : la défense du territoire allié redevient centrale, au même titre que les opérations extérieures.

  • L’élargissement nordique : Finlande et Suède, révélateur stratégique

L’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN constitue l’un des bouleversements géopolitiques majeurs de la décennie.

Elle révèle plusieurs tendances :

  • La perception d’une menace russe directe, même chez des États historiquement non-alignés ;
  • L’attractivité persistante de la garantie de sécurité de l’OTAN ;
  • L’échec stratégique russe à contenir l’élargissement de l’Alliance.

Cet élargissement renforce considérablement la posture de l’OTAN en Europe du Nord, tout en envoyant un message clair à Moscou : l’agression produit l’effet inverse de celui recherché.

  • OTAN et Europe de la défense : complémentarité, pas substitution

Le retour en force de l’OTAN ne signe pas l’échec de l’Europe de la défense, mais en redéfinit les contours.

La réalité stratégique actuelle est celle d’un post-européisme sécuritaire :

  • L’OTAN assure la défense collective et la dissuasion ;
  • L’Union européenne agit sur les capacités, l’industrie, la résilience et le soutien l’Ukraine ;
  • Les États conservent la maîtrise des choix régaliens.

Chercher à opposer OTAN et Europe est devenu contre-productif. La sécurité européenne repose désormais sur une architecture hybride, pragmatique, à plusieurs niveaux.

  • Pour la France : retour à un atlantisme stratégique assumé mais non aligné

Pour Paris, la centralité retrouvée de l’OTAN ne signifie ni renoncement à l’autonomie stratégique, ni alignement systématique.

La posture française repose sur trois équilibres :

  • Être un pilier crédible de l’Alliance ;
  • Préserver la souveraineté nationale, notamment nucléaire ;
  • Continuer à structurer une capacité européenne complémentaire.

Ce positionnement permet à la France de peser dans l’Alliance tout en évitant une dépendance stratégique exclusive.

Conclusion – Une alliance redevenue indispensable, mais sous conditions

L’OTAN est redevenue centrale parce que le monde est redevenu dangereux. Elle constitue aujourd’hui le socle minimal de sécurité collective en Europe.

Mais sa centralité future dépendra de plusieurs facteurs :

  • La capacité européenne à assumer une part croissante de l’effort ;
  • La cohérence politique des alliés ;
  • La crédibilité de la dissuasion globale face à l’escalade russe.

Dans ce contexte, l’OTAN n’est pas une fin en soi, mais un outil indispensable, au service d’une stratégie plus large de stabilité, de résilience et de dissuasion durable.